L’éthique artificielle ou l’éthique d’après l’intelligence artificielle

L’éthique artificielle ou l’éthique d’après l’intelligence artificielle (11 mai 2019)

Laurent Cournarie

Article intégral (10 pages)
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L’intelligence artificielle (IA)2 est en train de bouleverser nos vies sous nos yeux, malgré nous et avec notre consentement. Ce n’est pas la pre- mière révolution. Lévi-Strauss considérait qu’il y avait eu deux révolutions majeures dans l’histoire de l’humanité : la révolution néolithique et la révo- lution industrielle. Il se pourrait que la révolution numérique soit la troisième du genre. Elle en possède la radicalité, mais avec pour spécificité d’être une révolution de et par l’intelligence. Révolution par l’intelligence — on est passé à une société de la connaissance, c’est-à-dire à une société où tous les rapports sont médiatisés par des systèmes informatiques ; révolution de l’intelligence parce que l’intelligence est (dite) artificielle.
On le sait, l’IA suscite le mythe : soit l’utopie d’un monde où le travail pénible et répétitif sera délégué à des machines, où la maladie pourra être éradiquée, où le crime prédit, etc. — bref où le mal sera annulé ; soit l’apocalypse d’un monde ayant atteint le point de singularité où l’IA forte remplacera l’intelligence humaine (naturelle) et deviendra(it) potentielle- ment hostile à l’humanité — bref où le cauchemar sera devenu réalité.
L’avenir ne sera ni l’utopie d’une humanité libérée par l’IA de toutes ses servitudes, ni la dystopie d’une humanité asservie à l’IA, l’histoire étant, même et surtout technologiquement, imprévisible. Mais il n’en demeure pas moins que l’IA pose, au-delà des défis techniques, de multiples questions à la fois sociétales, juridiques et éthiques.
Le thème « IA et éthique » est très débattu et déjà rebattu. Certains peuvent considérer que l’éthique en IA est un thème marketing (AI for Hu- manity) et, qu’à s’en faire le spécialiste, on risque de manquer le dévelop- pement scientifique et économique de et par l’IA : le gagnant en éthique se- rait le perdant en économie. L’éthique de la responsabilité, pour ainsi dire, recommanderait de surmonter la réflexion éthique sur l’IA pour se lancer dans le financement et la recherche en IA : la recherche de l’éthique en IA ne serait que le supplément d’âme de la recherche scientifique et industrielle. D’autres au contraire, considérant, au nom d’une sorte d’éthique de la con- viction, que certaines valeurs éthiques sont essentielles à l’humanité, que l’IA doit augmenter l’homme, non le remplacer, s’élèvent contre toute naïve- té à croire que les algorithmes sont neutres, qu’ils ne recèlent aucun biais cognitif, que leurs résultats en deep learning sont transparents et explicables. L’éthique ici se présente comme une intelligence critique (des dérives) de l’IA. Donc on s’inquiète3 ainsi des effets éthiques de l’IA, en insistant sur la nécessité : (a) de protéger les données personnelles — l’éthique commence par le respect de la liberté individuelle ; (b) de lutter contre les discrimina- tions — l’éthique repose aussi sur le principe d’égalité des personnes4 ; (c) de préserver le pluralisme humain contre une tendance à la « clusterisation » des individus — l’éthique suppose le pouvoir pour l’individu d’être le sujet propre de sa vie propre ; (d) la nécessité de défendre le bien commun ou l’intérêt général des sociétés et peut-être de l’humanité en général contre d’une part des entreprises privées et d’autre part contre l’individualisme de l’usager et du consommateur — l’éthique est aussi une question politique.
Mais plus précisément comment l’IA interroge-t-elle l’éthique ou comment l’éthique peut-elle se saisir de l’IA, si l’on ne confond pas tout ce qui n’est pas technique avec l’éthique et l’éthique avec le sociétal ? Que fait l’IA à l’éthique ? L’éthique est à la mode et l’IA s’impose à la réflexion col- lective. Alors comment traiter du rapport entre éthique et IA ? On peut avan- cer trois idées simples : (1) le monde technoscientifique contemporain n’est pas moins éthique mais plus ; (2) cette croissance éthique est peut-être en même temps une crise morale ; (3) l’enjeu éthique de l’IA se concentre sur l’autonomie humaine de la décision.

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