Cours sur l’espace

Cours sur l’espace
Laurent Cournarie
(Juillet 2020, 80 pages)

Article intégral : https://prepasaintsernin.wordpress.com/philosophie-cours-2/

Table des matières :
1.     Penser l’espace
Pauvreté philosophique de l’espace
Sur l’extériorité
2.     Représenter, percevoir (dans) l’espace
Construction de la représentation de l’espace
Représentation, perception et perspective
Objectivité de l’espace phénoménologique
3.     Espace, monde, existence
Terre, corps, espace
L’espace comme structure de l’être-au-monde
L’espace premier et imaginaire
4.     L’espace en littérature
Qu’est-ce que l’espace en littérature ?
Temps spatialisé proustien vs durée bergsonienne
A la recherche de l’espace perdu
5.     L’espace en physique
L’espace de la physique classique
La révolution cosmologique moderne
Espace, matière et étendue
Propriétés spatiales des entités physiques
6.     Espace et pouvoir
L’espace ou la preuve du pouvoir
Hétérotopies
Connexions : espace, corps et vie

1. Penser l’espace
Penser l’espace en soi a quelque chose d’insolite. Spontanément, notre rapport à l’espace n’est pas celui-ci. L’espace n’est pas pour nous d’abord quelque chose qu’on pense ou qui mérite qu’on le pense. Le rapport immédiat à l’espace est plutôt pratique. Nous vivons et agissons dans l’espace. L’action ne va évidemment pas sans pensée, mais la pensée en vue de l’action dans l’espace n’est pas une pensée de l’espace. Autrement dit, penser l’espace c’est penser ce que d’habitude on ne pense pas, tant il est co-présent à chaque pensée impliquée dans chaque acte. Il y a ainsi une évidence de l’espace à la pensée qui n’a d’équivalent que l’inévidence d’une pensée de l’espace.
On pourrait reprendre à propos de l’espace, la formule d’Augustin sur le temps : si on ne me demande pas ce qu’est l’espace, je le sais, si on me le demande je ne sais plus. Je sais ce qu’est l’espace tant que je n’ai pas à penser ce qu’est l’espace. Mais précisément, Augustin réserve cet embarras à la question du temps, comme si l’énigme de l’espace était moins absolue que celle du temps, c’est-à-dire comme si l’écart entre l’évidence de l’espace et la pensée de ce qu’est l’espace (ou l’inévidence d’une pensée de l’espace) était moins radical que pour le temps. Et de fait, du côté de l’espace, contrairement au temps, l’esprit mobilise ou produit quantité de savoirs. Autant il n’y a pas, à proprement parler, de science(s) du temps, autant il y a, sinon des sciences, du moins des disciplines qui peuvent légitimement se présenter comme des savoirs de l’espace : géométrie, topologie (branche des mathématiques qui étudient les propriétés invariantes sous l’effet d’une transformation continue), physique, géographie, architecture. Le temps se dérobe au savoir là où l’espace se donne au savoir, se laisse réfléchir par les savoirs. Le savoir fait parler, suscite le discours. Il n’est à peu près rien qui ne puisse être traité en termes d’espace : point, ligne, surface mais aussi, limite, seuil, plan, symétrie, axe, etc. Au contraire le temps est plus rétif au savoir : il réduit peut-être même au silence. Ou plutôt quand on parle du temps, on peut avoir l’impression qu’on laisse échapper ce dont on parle : c’est un objet fuyant et à peine est-ce un objet en réalité, alors qu’en parlant de l’espace, on a le sentiment de traiter de quelque chose d’objectif. Ou plutôt parler en termes d’espace c’est se donner le moyen d’attribuer une forme d’objectivité au discours et à son objet : la spatialisation réalise l’objet et le discours sur lui. Et par là-même, l’analyse spatiale laisse deviner une certaine intimité entre le savoir et le pouvoir alors que le temps déconcerte. On gagne toujours à analyser un phénomène spatialement : on acquiert un savoir sur lui qui est aussi une forme de pouvoir. Le temps, au contraire, signe toujours une sorte de défaite de la pensée : l’esprit s’épuise à penser le temps, le perd ou s’y perd.  Le temps déréalise l’objet et le discours sur lui. L’espace permet à la pensée une position de surplomb, de face-à-face à partir de laquelle le savoir se déploie, quand le temps ne se donne peut-être que de biais, transersalement. Où l’on voit que la seule manière de connaître le temps c’est invariablement sinon de le spatialiser, du moins de le saisir à travers une schématisation spatiale — ce qui est d’ailleurs une expression pléonastique. C’est l’espace qui donne pouvoir au savoir.Mais de l’espace même qu’il y a-t-il à dire ?

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