Oui mais pas comme avant…

Laurent Cournarie
2 décembre 2020
En prolongement de l’article de Christelle Boudet, présidente de la commission sociologie NXU : https://nxu-thinktank.com/novembre-2021-la-vie-dapres/


Tout le monde aspire à revivre comme avant, mais avec la conviction que le monde d’après ne sera pas comme avant. Toutefois, que veut-on dire en disant « (pas) comme avant » ?
Par définition, après ne peut pas être comme avant. La flèche du temps rend l’identité des moments impossible. Il y a avant, et il y a après : après n’est pas la répétition d’avant, avant n’est pas l’anticipation d’après. L’irréversibilité est la loi profonde du vivant. Ensuite, de quel avant et de quel après parle-t-on ? Dans le monde d’avant dont on regrette la disparition, ou avant notre monde d’avant, on serait mort en masse, bien plus considérablement, et dans une acceptation fataliste. Avant l’avant de la crise, un virus décimait les populations aveuglément, immensément. Inversement, l’après du monde d’après est inscrutable. L’avenir de l’avenir ne sera pas comme après. Donc rien n’est jamais comme avant. L’histoire ne se répète pas. Il n’y a pas d’histoire immobile mais seulement, à l’extrême, une histoire quasi-stationnaire. Rien de nouveau dans le monde d’après qui n’aurait pas pu être le même qu’avant, avec tous sans crise.
Mais évidemment, quand on craint que, la crise passée, le monde ne soit plus comme avant, on veut dire autre chose. Quelque chose s’est bien effectivement brisé : une certaine insouciance de la vie individuelle et collective, une spontanéité des pensées et des actions, une immédiateté des relations, une proximité des corps, une confiance dans la médecine, la science et l’Etat aussi, la certitude d’appartenir à un âge post-pandémique. qui constituaient l’arrière-plan implicite de notre être social au monde. Et de fait, il est probable que ces bouleversements continueront d’informer tous les comportements durablement, même quand la pandémie ne sera plus qu’un douloureux souvenir : hystérésis donc.
Cependant, le télétravail, la télé-médecine, la visioconférence, le port du masque, etc. étaient des possibilités d’avant. Ce que change la crise, c’est l’accélération des nouveaux dispositifs, de la numérisation, de la virtualisation du monde… Comme avant mais de manière précipitée. Dans cette perspective, le monde d’après ne serait que l’avènement concret et hâtif des potentialités de changement du monde d’avant. Il s’agirait alors, au-delà d’un techno-optimisme naïf, de conduire les lignes évolutives dans le sens qu’on pourrait juger souhaitables d’une société plus juste, plus équitable, plus écologique — seule manière de rompre décisivement avec  la fausse discontinuité d’avec le monde d’avant. Enfin, si l’épidémie de Covid 19 prélude un cycle de pandémies, alors l’exception de la crise sanitaire s’annulera dans la généralité de la crise continuée, indéfinie, qui caractérise notre monde. Après sera décidément comme avant : l’état de crise permanent.

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