Le sacré et les sciences de la religion

Le sacré et les sciences de la religion
Laurent Cournarie
(juillet 2020, 46 pages)

Sommaire (46 pages) :

Exit dieu : le sacré ou l’essence de la religion
Tabou, sacré : la double articulation du sacré
Ambiguïté du sacré
La grammaire comparée du sacré
Le mystère sacré
La société et le sacré
La violence et le sacré
Appendice : Le sacré, le monothéisme et le christianisme

Exit dieu : le sacré ou l’essence de la religion

La valeur est molle, le sacré dur, estime Debray. Mais le même reproche se retourne contre la notion de sacré : c’est une notion fourre-tout, qui se prête à tout, à la mesure de la diversité des champs (religieux, social, politique, artistique…), des réalités qu’elle recouvre (toutes sortes d’objets) et de son instabilité : sacré varie, bien fol qui s’y fie. Le sacré d’ici n’est pas le sacré de là-bas, celui d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui et de demain. Pourtant la catégorie est d’usage courant.C’est une catégorie moderne ― contrairement à l’adjectif. Il nous est impossible de dater précisément sa conceptualisation. Mais on peut au moins reconnaître avec certitude que la notion a connu un succès incontestable chez tous les spécialistes des “sciences de la religion”, histoire, sociologie, mais aussi phénoménologie à partir du début du XXè s. La notion fait consensus : tous considèrent que le sacré, dans son opposition au profane, constitue le phénomène central de la religion, partant sa meilleure définition[1]. Définition la plus juste, la moins fausse ou la moins discutable et la moins arbitraire. On peut citer plusieurs auteurs à l’appui. Henri Hubert[2] écrit en 1904 dans l’Introduction à la traduction française du Manuel d’histoire des religions de Chantepie de la Saussaye[3] que l’idée de sacré « n’est pas seulement universelle, mais qu’elle est centrale, qu’elle est la condition même de la pensée religieuse et ce qu’il y a de plus spécial dans la religion ». On est ici à l’opposé de Debray : la religion n’est pas une spécification du sacré, c’est le sacré qui contient la spécificité de la religion. Le sacré est le phénomène essentiel, l’essence de la religion qui se phénoménalise dans toutes les religions.  Et Hubert décline cette essentialité de la religion ou la manière dont le sacré se produit comme religion : « C’est idée mère de la religion. Les mythes et les dogmes en analyse à leur manière le contenu, les rites en utilisent les propriétés, la moralité religieuse en dérive, les sacerdoces l’incorporent, les sanctuaires, lieux sacré, monuments religieux la fixent au sol et l’enracinent. La religion est l’administration du sacré ». Toute la religion n’est que l’auto-déploiement du sacré. 


[1] Cf.  l’article d’H. Bouillard, « La catégorie du sacré dans la science des religions », 1974.
[2] Archéologue et sociologue des religions, directeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, professeur à l’Ecole du Louvre, ami de M. Mauss et qui a participé à L’Année sociologique, la revue fondée par Durkheim.
3] Colin, 1904, pp. XLVI-XLVII.

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